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Les Acadiens 2L'agriculture
Les nouveaux colons se sont empressés de construire des digues le long des rives. Quelquefois ces digues étaient faites d'un simple entassement de terre sur lequel on plaçait des mottes coupées du marais même. D'autres, également recouvertes de mottes, étaient plus résistantes. Le sieur de Dièreville, dans sa Relation du voyage du Port-Royal de l'Acadie ou de la Nouvelle-France (1708), nous a laissé une description exacte de la construction de ce deuxième type de digue:
Ils plantent cinq ou six rangs de gros arbres tout entiers aux endroits où la mer entre dans les marais, et entre chaque rang ils couchent d'autres arbres et garnissent tous les vides si bien avec de la terre glaise bien battue, que l'eau n'y sçauroient [sic] passer. Ils ajustent au milieu de ces ouvrages un esseau de manière qu'il permet, à la marée basse, à l'eau de marais de s'écouler par son impulsion, et défend à celle de la mer d'y entrer.
Un excellent exemple de cette sagesse était la coutume des Acadiens de nourrir leur bétail du foin des marais. À leur arrivée ils avaient trouvé un foin sauvage (appelé spartine) qui fleurissait malgré l'inondation des marées deux fois par jour. Ce foin salé a beaucoup contribué à la stabilité et à l'auto-suffisance économique des communautés acadiennes.
Les Acadiens ont évité ce problème en utilisant le foin sauvage des marais, même après que les terrains endigués avaient commencé à produire du foin plus fin. Ils ont continué la récolte du foin sauvage à l'extérieur des digues, sur des terres inondées au moins par les grandes marées du printemps et de l'automne, et quelquefois à l'année longue. La coupe du foin se faisait à l'aide d'une faux et, pour le sécher les meules de foin étaient entreposées sur des supports en bois, appelés chafauds. Ces chafauds étaient suffisamment élevés pour échapper aux plus hautes marées de l'hiver. Grâce à ces réserves abondantes de foin salé, les Acadiens ont pu hiverner un grand nombre d'animaux. L'esseau dont fait mention le sieur de Dièreville est l'aboiteau, un conduit muni, du côté de l'eau, d'un clapet suspendu par le haut qui s'ouvre à marée basse et se referme à marée montante. Après avoir laissé le marais se dessaler et se dessécher pendant une période variant de deux à quatre ans, les Acadiens avaient un terrain très fertile. Jusqu'en 1755 les Acadiens ont mené une vie relativement indépendante sur leurs fermes le long des marais. Leurs terres cultivées leur fournissaient du blé, de l'avoine, de l'orge, du seigle, des pois, du maïs, du lin et du chanvre. Dans leurs jardins potagers ils cultivaient des betteraves, des carottes, des panais, des oignons, de la ciboulette, des échalotes, de fines herbes, de la salade, des choux et des navets. Ces deux derniers légumes formaient une partie importante de leur régime. Les Acadiens faisaient l'élevage du bovin et du mouton. Leurs cochons, qui habitaient librement dans la forêt derrière la maison, se nourrissaient des restes de la cuisine. Pendant l'hiver les cochons mangeaient aussi des feuilles et des restes de choux et de navets que les Acadiens conservaient dans les champs, recouverts de paille pour les protéger contre le gel. Les Acadiens mangeaient beaucoup de porc mais peu de bœuf et de mouton. Ils gardaient les vaches pour le lait, les bœufs pour les travaux de la ferme et le commerce, et les moutons pour la laine. La chasse et la pêche assuraient une certaine variété dans leur menu. Ils fabriquaient aussi de la bière d'épinette et de sapin. Les Acadiens menaient donc une vie dure mais satisfaisante, car ils habitaient un milieu qu'ils connaissaient et exploitaient au maximum.
Certaines des ces peintures, sous forme d'affiches en couleurs, sont en vente au Musée de la Nouvelle-Écosse.
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