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  • Les vastes slikkes rouges de la baie de Fundy sont invitantes Les voyageurs qui font route sur le littoral anfractueux peuvent rarement résister à la tentation de dévaler la falaise pour aller se promener, pieds nus, sur ce sol étonnant.

    Mais ce qui vous attend en bas est à la fois séduisant et repoussant. La vase qui suinte entre vos orteils fourmille de minuscules animaux semblables à des crevettes. Ce sont justement ces crevettes fouisseuses bien en chair et grouillantes qui sont au coeur de l'un des événements naturels les plus célèbres de Fundy, soit l'arrivée annuelle de millions d'oiseaux de rivage migrateurs.


    Itinéraire de migration transatlantique du Chevalier semipalmé

    Les oiseaux de rivage ont des moeurs fascinantes et ils amusent le public par leurs vols acrobatiques précis. Ces mouvements synchronisés, issus sans doute d'une évolution destinée à confondre les prédateurs, ont inspiré poètes et écrivains. Le naturaliste Harry Thurston décrit ces manoeuvres dans son livre, The Nature of Shorebirds :

    « Lorsqu'ils virent sur l'aile, la lumière est absorbée par leurs dos sombres, puis réfléchie par leurs ventres clairs... Les bécasseaux volent et tournent à l'unisson avec une telle précision surnaturelle que l'on pourrait croire à un organisme unique. »

    Les grands rassemblements d'oiseaux de rivage que l'on voit à marée haute dans la baie de Fundy comprennent plusieurs espèces différentes, dont des pluviers, des tournepierre, des bécasseaux, des chevaliers, des bécassines, des barges, des courlis et des phalaropes. Le corridor de Fundy accueille à vrai dire de 75 à 95 % de la population mondiale de bécasseaux semipalmés. Lorsqu'ils se regroupent, ces oiseaux sont si nombreux qu'ils peuvent ressembler à autant de cailloux sur une plage infinie. Tous, ils viennent de loin et de partout pour prendre part au même festin.

    « Ils s'arrêtent ici avant tout pour engraisser, déclare Thurston dans une entrevue. Ils viennent se nourrir de crevettes fouisseuses de Fundy, Corophium volutator, dont les densités sont énormes. Il y en a de 20 000 à 60 000 au mètre carré ! »

    « Si ces oiseaux sont dérangés, leur migration pourrait s'en trouver compromise. Certains d'entre eux finissent littéralement par tomber du ciel. »

    D'ailleurs, quand les oiseaux de rivage ne sont pas là, c'est la belle vie pour les petits amphipodes. Se nourrissant d'algues, de détritus et de diatomées qui abondent dans les schorres, ils fouissent le sable lorsque l'incroyable marée de Fundy se retire. Vienne juillet, toutefois, moment où les oiseaux de rivage commencent à arriver massivement, le bonheur des crevettes fouisseuses prend fin brutalement. Engloutissant jusqu'à 20 000 d'entre elles par jour, les oiseaux de rivage épuisent rapidement les populations de crevettes dans un effort pour emmagasiner le plus de gras possible en prévision du voyage sans escale de 72 heures vers l'Amérique du Sud.

    À cause de cette réserve alimentaire colossale, la baie de Fundy compte parmi les quelques « chaînons vitaux » du globe pour les oiseaux de rivage, comme l'explique Thurston. « Leur survie dépend de quelques lieux éloignés les uns des autres, et la baie de Fundy est un maillon crucial de la chaîne. »

    Thurston explique que tous les chaînons vitaux, depuis leur aire de nidification de l'Arctique jusqu'aux gîtes d'hivernage dans le Sud doivent être protégés. « La plus grande partie du continent est un désert pour les oiseaux de rivage parce qu'ils ne peuvent y trouver ce dont ils ont besoin. Nous devons considérer ces chaînons vitaux comme des oasis qu'il importe au plus haut point de sauvegarder. »


    Crevette fouisseuse de Fundy, Corophium volutator

    Lorsqu'on les voit en si grand nombre à perte de vue, il est facile d'oublier que l'avenir des oiseaux de rivage est menacé.

    Comme le précise Thurston, il y a trois problèmes qui pourraient gravement compromettre l'avenir des populations d'oiseaux de rivage. « Mentionnons en premier lieu une menace chronique. Au cours des 50 dernières années, les cours d'eau à marées ont été endigués dans le but de protéger les terres agricoles et inondables. Résultat :  les sédiments s'accumulent dans la baie, modifiant la nature des vasières et les rendant moins propices à la prolifération des crevettes fouisseuses.

    « En deuxième lieu, ils sont exposés à un problème aigu. Les pétroliers sont nombreux dans les eaux qui mènent jusqu'à Saint-Jean, et un déversement de pétrole dans l'embouchure de la baie pourrait avoir de graves effets toxiques sur l'habitat des oiseaux de rivage. »

    En troisième lieu, il y a une menace plus immédiate et réelle, soit la perturbation des oiseaux eux-mêmes. « À mesure qu'ils découvrent ce qui se passe ici, les gens sont de plus en plus nombreux à venir observer les oiseaux. Souvent, ces personnes s'en approchent de trop près, en général pour prendre des photos. Mais tout ce qui incite les oiseaux à se déplacer et à s'envoler peut entraîner leur perte. »

    Des plates-formes d'observation ont été construites à certains endroits le long de la baie et Thurston conseille aux gens de ne pas les franchir. Ailleurs, lorsque les installations sont absentes, il suggère de faire preuve de bon sens.

    « Si vous obligez les oiseaux à se déplacer, c'est que vous êtes trop près, ajoute Thurston. Ils sont ici pour économiser leurs calories et s'ils sont dérangés, leur migration pourrait s'en trouver compromise. Certains d'entre eux finissent littéralement par tomber du ciel. »

    La baie de Fundy est le site d'un nombre inusité de phénomènes naturels extraordinaires - dont des marées de 16 mètres, des troupeaux de baleines bondissantes et la gymnastique acrobatique d'un million d'oiseaux de rivage. Par bonheur, grâce à la prise de conscience, de nombreux endroits de la baie sont aujourd'hui officiellement protégés au moyen d'ententes nationales et internationales. Les interventions de ce genre font en sorte que les slikkes, du moins encore pendant un certain temps, continuent de grouiller de vie, et que les oiseaux de rivage reviennent à Fundy pour y trouver leur butin.

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    Shorebirds and Other Birds of Coastal Wetlands Partie de Natural History of Nova Scotia, format PDF