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Sujets connexes Oiseaux d'hiver
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« Réveille-toi, Rebecca, réveille-toi ! » La petite soeur de mon amie m’arrache des couvertures. « Viens vite ! Il faut que tu vois ça », dit-elle, en m’attirant vers la fenêtre de la chambre d’ami. « Je ne vois rien ! », dis-je encore perdue dans le sommeil, balayant des yeux le jardin des Elsies et le lac Bras d’Or un peu plus loin. Puis j’aperçois presque directement devant moi, immobile comme une statue dans un arbre, mon premier pygargue à tête blanche. Nous demeurons silencieuses, émerveillées.
À une époque où nous sommes bombardés de tristes histoires de destruction du monde naturel, voilà une bonne nouvelle. Oui, le pygargue a refait surface ! Alors qu’il avait pratiquement disparu de la plupart des régions peuplées d’Amérique du Nord, il est devenu presque commun à certains endroits. La population de pygargues de la Nouvelle-Écosse est devenue si stable que l’on prélève régulièrement des jeunes pour transplantation dans d’autres régions du continent.
« Au printemps, à l’été et à l’automne, si vous prenez la route qui longe les lacs Bras d’Or, il est presque sûr que vous verrez au moins un pygargue », affirme Peter Austin-Smith, ancien directeur du programme de monitorage du pygargue et du balbuzard relevant du ministère des Ressources naturelles. « L’espèce se porte très bien et nous voyons de plus en plus de pygargues à tête blanche chaque année. » L’engouement du public pour les pygargues à tête blanche est tel qu’il est difficile de croire qu’à une époque cet oiseau était persécuté. Les agriculteurs, en particulier, n’aimaient pas les pygargues et prenaient souvent plaisir à les tuer, y voyant une menace pour leur bétail. Dans les années 60, les pygargues à tête blanche avaient pratiquement disparu d’une région où ils avaient été une espèce commune. Malgré l’évolution des sentiments à l’égard des oiseaux de proie, favorisée par le mouvement écologiste, un problème beaucoup plus insidieux s’était manifesté. On observait, en effet, un grave problème de reproduction chez diverses espèces de buses, de faucons et d’aigles. Ce n’est que plus tard qu’on a attribué la cause de ce phénomène aux pesticides organochlorés, provoquant l’amincissement des coquilles d’oeuf.
Austin-Smith estime que l’amélioration de l’attitude du public à l’égard des pygargues à tête blanche et de leurs congénères est sans doute le facteur le plus important de leur rétablissement. Mieux encore, les gens ont commencé à venir en aide aux pygargues. À vrai dire, aider les pygargues pendant l’hiver est devenu pratiquement une industrie artisanale dans la vallée d’Annapolis.
« Que font les pygargues pendant l’hiver pour se nourrir ? Ils deviennent nécrophages, déclare Austin-Smith. Ils se nourrissent de charogne agricole (poulets morts) que leur servent les aviculteurs. » À Sheffield Mills, dans le comté de King, ces séances de nourissage sont devenues un événement annuel qui attire des milliers de personnes pendant les « week-ends d’observation des pygargues ». Pendant ces nourrissages, il n’est pas rare de voir 40 pygargues perchés sur un même arbre. « Les gens sont prêts à payer pour voir un tel spectacle, ajoute Austin-Smith. L’an dernier, la GRC a dû intervenir pour diriger la circulation. Il fallait voir ça ! » Bien que les nourrissages d’hiver ne soient pas naturels, ils ont contribué à assurer l’essor des populations de pygargues. La mortalité chez les jeunes est normalement élevée car ceux-ci n’ont pas encore acquis les habiletés leur permettant de trouver suffisamment de nourriture pour passer l’hiver. « Les deux premières années de leur vie sont extrêmement difficiles. Certains de ces oiseaux sont à peine tombés du nid et ils ont du mal à trouver assez de nourriture pour survivre, précise Austin-Smith. Ce que nous avons fait, c’est leur donner un coup de main pour que la population franchisse le seuil critique et prospère de nouveau. » Austin-Smith conclut que les pygargues à tête blanche se débrouillent maintenant si bien qu’ils peuvent se passer d’aide pour maintenir leur population, pourvu que nous leur conservions suffisamment d’habitat pour répondre à leurs besoins. Le danger, maintenant, c’est que le pygargue cesse d’intéresser le public.
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