La Chélydre comprend deux sous-espèces : la Chélydre serpentine (Chelydra serpentina serpentina) est répandue presque partout dans l'est de l'Amérique du Nord ; la Chélydre serpentine du Sud-est des États-Unis (C. s. osceola) se trouve en Floride et dans le sud de la Géorgie. On appelle les deux communément des tortues happantes.Au Canada l'aire de la Chélydre serpentine s'étend depuis la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick jusqu'au sud de la Saskachewan. Aux États-Unis on la trouve dans la plupart du centre et l'est du pays, jusqu'au golfe du Mexique dans le sud et aux Rocheuses dans l'ouest.
En Nouvelle-Écosse elle est répandue dans le sud-ouest et moins commune dans le nord-est, à partir du comté de Halifax.
Longueur moyenne de la carapace : entre 22 et 35 cm.
De bon matin, ou le soir, quand les eaux sont calmes, la tortue happante s'aventure à la surface de l'eau et sort la tête, comme si elle était en train de regarder le paysage.
Vers la fin de juin ou au début de juillet, au point du jour ou le soir, la femelle émerge de l'eau pour creuser son nid. Elle peut choisir un rivage sablonneux à quelques mètres de l'eau, ou bien voyager cent mètres et même plus pour déposer ses oeufs au bord d'une petite route de campagne. On a rencontré des oeufs parmi le gravier au bord des routes, dans des jardins et des tas de sciure de bois.
Basé sur l'observation de huit nids, on a conclu que la femelle pond de 19 à 41 oeufs ronds par an.
Les petits naissent entre la fin septembre et la fin octobre. Ils peuvent y passer tout l'hiver si la température de la surface du sol tombe au-dessous de celle du nid.
Le menu de la tortue happante se compose d'invertébrés aquatiques, de poissons, d'amphibiens et, à l'occasion, d'oiseaux et de petits reptiles et mammifères. Elle avale ses proies sous l'eau.
Cette espèce a un très bon odorat mais sa vue est limitée.
Normalement la tortue happante s'écarte à votre approche, même dans l'eau. Néanmoins il faut insister que c'est de la pure folie que d'essayer de prendre une tortue happante dans l'eau, ou de déranger la femelle au moment où elle prépare son nid. Si elle se voit menacée cette tortue se relève et s'élance farouchement vers son ennemi pour lui donner une grosse morsure avec ses gencives cornées et acérées.
La longueur de son cou est vraiment étonnante : il lui permet de renverser jusqu'à mi-dos. Il est donc imprudent de tenir cette tortue par la carapace. S'il faut absolument la manipuler, avancez sur lui de derrière, saisissez-la par la queue et tenez-la éloignée du corps. Assurez-vous que c'est le côté du plastron qui vous fait face.
À propos, voici une remarque de Nicolas Denys, qui pourrait faire allusion à la tortue happante ou à la Tortue peinte. Ce colonisateur, après avoir passé quarante ans ici au XVIIe siècle, nous a laissé un compte rendu coloré de la vie en Acadie : Description historique et géographique des côtes de l'Amérique septentrionale (1672).
Note à nos lecteurs et lectrices : il faut se rappeler qu'au XVIIe siècle l'orthographe du français écrit n'était pas tout à fait réglementée!
... Dans les mesmes étangs l'on prend de la tortuë. Il s'en trouve d'aussi grandes que le tour d'un chappeau. L'écaille de dessus est rayée de couleur rouge, blanches & bleuës. C'est un tres-bon poisson. Étant boüilly on oste l'écaille, puis on la pelle, on le couppe par morceaux, le met à l'étuvée ou fricassée avec une sauce blanche. Il n'y a point de poulets qui vallent cela.